Être-existence

De la contemplation :

Re-pos profond dans le « sel » de l’être, porteur, porteur dans le sommeil, la veille, le rêve.
Nous sommes l’existence. Il n’y a qu’elle. Elle nous conduit naturellement avec soin. Inutile d’en rajouter.
Re-pos, tel les aigles, ailes immobiles et souples, dans le vent pur ; tel un petit enfant dans la douceur des bras et de la voix de sa mère.
Au réveil la main est ouverte, calme, calme. Inutile de serrer le poing pour savoir qu’elle est. Il en est de même pour notre esprit, notre tête. Les pensées, les émotions respirent déjà calmement. Inutile de rejeter ou de saisir leur vent pur. Chaque tension est occasion de lâcher prise , de desserrer le poing mental. Le poing qui est déjà la main.
L’eau du lac de montagne est naturellement paisible.
Il est vain de chercher à faire le calme, il suffit de ne plus s’agiter, dès les premières secondes après le réveil. De même, on ne fabrique pas de l’espace dans notre chambre mais on enlève des objets inutiles.

Re-pos
dans la pure et grande activité
de la réalisation
qu’il n’y a
que l’existence.

EP

Publicités

Être-ainsi

Être ainsi.
Ainsi est, toujours ainsi.
Même « pas ainsi » est ainsi.

Être est ce que l’on est.
Assis, debout, couché, au travail, au repos… l’être est. Toujours là.
Il n’y a donc rien à faire de spécial pour être-contempler.
Le repas fini, laver le bol.

EP

Printemps !

Traversée du grand parc ce matin de printemps. Comme le grand poumon, en voix. Quel beauté ! Chaque arbre, fleur, visage, pensée, sensation, émotion est fleurissement de l’être. Vivre dans un monde de présence(s). Pas de séparation. Rien ne manque. Tout éclate, déchire, gronde, se déplie, effleure…

Rupert Spira

La Méditation, c’est Simplement Etre

 

Q: Lorsque je cherche le “je”, la chose principale est que je ne le trouve pas.

R: Nous ne trouvons pas un objet, c’est-à-dire nous ne trouvons pas une pensée, une image, une sensation ou une perception.

Toutefois, lorsque nous disons “Lorsque je cherche le “je”…”, là, précisément, nous faisons référence au “je” qui est présent dans la recherche. Ce “je” qui cherche peut ne rien trouver, mais est néanmoins présent dans la recherche.

Imaginez que vous vous trouvez au milieu d’une pièce et essayez de faire un pas en direction de vous-même (par vous-même, je fais référence ici à votre corps). Dans quelle direction allez-vous vous tourner ? Aucune ! Tout pas serait un pas dans la mauvaise direction.

Imaginez maintenant que vous essayez de vous éloigner de vous-même. Où iriez-vous ? Où que vous alliez, vous vous trouverez présent, trop près pour être connu ou vu objectivement et pourtant présent là, au centre-même où que vous vous trouviez.

Maintenant, ayant découvert que vous êtes à la fois connaissant et présent, mais sans qualités objectives, essayez, en tant que Présence-Connaissance que vous vous savez être intimement, de bouger “hors de” ou “vers” vous-même. Où iriez-vous ? Où pourriez-vous aller ?

Voyez que la Présence-Connaissance que vous êtes, est intimement au centre ou au coeur de chaque expérience. C’est trop proche pour être connu comme un objet, mais trop intime et immédiat pour ne pas être connu.

C’est la connaissance elle-même.
___

Q: Je ne sais pas qui je suis.

R: Moi non plus ! Mais nous sommes certains néanmoins que “je suis”. Nous ne pouvons nier notre propre présence ou être. Et la raison pour laquelle nous sommes capables d’affirmer par expérience que, quoi que je sois, “je suis”, c’est parce que l’expérience de notre être est connue.

Nous ne pourrions affirmer “je suis”, si nous ne connaissions pas “je suis”, en d’autres termes, si nous ne connaissions pas notre être propre.

Ainsi Connaître et Etre sont inséparables. Ce sont les deux côtés de la même pièce de monnaie. C’est pourquoi j’écris parfois “Connaissance-être” pour essayer d’indiquer que les deux sont contenus dans l’expérience de notre soi, que les deux sont un dans le “je”.
___

Q: J’aime ce que vous dites sur les deux qualités principales, Connaissance et Présence, car c’est la limite de ce qui peut en être dit. Cela existe et cela connaît.

R: C’est très bien d’arriver à cette conclusion. Si vous regardez maintenant tout le domaine de l’expérience objective apparente, c’est-à-dire le mental, le corps et le monde, vous ne trouverez rien d’autre que la substance de cette Connaissance-être.

En d’autres termes, si vous regardez “à l’intérieur”, vous vous trouverez vous-même en tant que cette Connaissance-être non objective, et si vous regardez “vers l’extérieur” vous vous trouverez vous-même prenant la forme de la totalité de l’expérience.

Prenez n’importe quelle expérience du mental, du corps ou du monde, peu importe qu’elle semble être apparemment proche ou lointaine, peu importe également combien elle semble “moi” ou “non moi” et demandez-vous : “A quelle distance cette expérience est-elle du fait de l’expérimenter ou de la connaître ?”

Vous trouverez que toute expérience est à la même distance du fait de l’expérimenter ou de la connaître et qu’il n’y a, en réalité, pas de distance du tout.

Prenez par exemple la lune, qui est juste une perception visuelle, et disons, votre respiration, et demandez-vous : “Est-ce que l’une est plus proche que l’autre du fait de l’expérimenter ou de la connaître ?” “Est-ce que l’une est faite de plus d’expérimentation ou de connaissance ?”

Non ! Elles, ou tout autre chose que vous pouvez imaginer ou percevoir, sont identiquement une, complètement et intimement, avec le fait d’expérimenter ou de connaître.

Cette intimité absolue avec toute apparence du mental, du corps et du monde, est connue comme l’Amour.
___

Q: Citant Rupert ” … la quête de Soi, c’est simplement demeurer consciemment dans et en tant que notre être propre…” Cela ressemble à une méditation dans ce qu’elle a de mieux.

R: Oui, exactement. La méditation c’est simplement être. C’est ce que nous sommes, pas ce que nous faisons.

Q: Méditer avec d’autres est différent que méditer seul. Avec d’autres, la Présence est plus “présente”, si c’est possible. Je veux poser cette question : vous expliquez comment le groupe avec l’enseignant, examine “les couches les plus cachées du soi séparé, ressenties dans le corps”. Ce type de travail en groupe aide à aller plus loin dans la recherche, mais est-il nécessaire pour tous les chercheurs, tout le temps ?

R : Il n’est jamais nécessaire pour personne. Il est simplement à la disposition de ceux qui entendent l’invitation et dont le coeur dit “Oui”.

Que fait-on durant la contemplation ?

séance du 16-03-19

Que fait-on durant la contemplation ?

Nous sommes à notre être. Nous sommes présents à l’instant. Tel qu’il est, tel que nous le vivons. C’est très simple, puisque nous sommes, puisque nous ne pouvons pas ne pas être. Attention, la contemplation est notre mode d’être normal, notre condition originale et pas un état ou un moment particulier.

Est-ce une réceptivité, une ouverture, un accueil inconditionnel à tout ce que la vie donne, dans l’instant ?

Cela peut commencer ainsi tant nous sommes conditionnés à faire, à contrôler, à vouloir, à savoir, à avoir… mais rapidement il y a non-deux. Là ! Pan ! Bang ! C’est une frappe ! Il n’y a pas d’un côté un receveur et de l’autre un événement donné et surtout plus de stratégie. Il ne faudrait pas encore créer de tension inutile ou de condition pour être ce que nous sommes. Et même créer un « deux » illusoire ou un rejet, une fermeture fait partie de l’être à l’instant où cela se produit. Réaliser que « tout est » est la contemplation. Tout est à contempler. Mais cette réalisation n’est pas une idée de plus, un objet qui serait atteint. Car être n’est pas un objet ni une idée. Chaque objet ou pensée est, mais l’être n’en n’est pas réductible. La vie n’est plus fondée sur une idée, une vérité, une pensée (cause des conflits, guerre de religions…) mais sur l’être.
Autrement dit, quand nous sommes à notre être il y a « naturellement » un accueil inconditionnel. Alors que prendre une posture d’accueil inconditionnel risque d’entretenir encore l’esprit de possession et de discrimination, accueil-refus, ouverture-fermeture, j’y suis-j’y suis pas, bien-mal…

Agir ou non-agir ? Cette dualité semble dépassée…

Exactement. C’est plutôt agir ET non-agir. L’être embrassant les deux, comme tout deux ! Le tao Te king le formule magnifiquement : le Sage ne fait rien mais rien ne demeure inaccompli.

Poésie

Extrait de mon mémoire : « Le travail de la poésie et le processus de symbolisation de l’enfant » :

LE CORPS DANS LE TRAVAIL DE LA POÉSIE

Le travail de la poésie exige, de l’auteur comme de l’auditeur, à « être présent dans chacun de ses instants. » (Jérôme Thélot). Or si notre esprit est prompt à vagabonder ailleurs et dans d’autres temps, le corps, lui, est toujours présent, ici et maintenant, respirant, respiré. Habiter son corps est donc une manière de réaliser cette pleine présence que l’on retrouve communément chez de nombreux poètes comme souci premier. Le poétique est d’abord cette réceptivité qui est présence de la subjectivité à elle-même.

La poésie retourne les rapports du langage et de l’être, et ce faisant retrouve l’antériorité de l’être sur la pensée. Mettant hors-jeu les savoirs constitués, ceux de la science comme ceux de toute pensée, le poète retourne au bruit de son commencement, là où s’incarne ses besoins(Thélot).

Autrement dit, « Le long effort de liaison et de constructions de pensées est inefficace. Il faut être présent, présent à l’image dans la minute de l’image » (Gaston Bachelard). Merleau-Ponty dans L’œil et l’esprit précise que dans le travail de la poésie il ne s’agit aucunement de « discourir sur » mais de donner à sentir ce que les choses peuvent nous dire, d’habiter le monde, de se laisser contacter par lui. Donner la parole au corps du monde contenant le sien propre, sans séparations : silence (de l’activité mentale) et le monde vivant réapparaît. Les choses viennent vers nous car alors nous en faisons partie, disponibles à ce qui apparaît et disparaît à et en chaque instant.

Ce retour à la vibration du vivant ne se réalise non pas en pensée, mais comme son acte propre, concret, corporel, manuel, toujours à renouveler. Ce qui émerge dans le travail poétique est une puissance de la vitalité de celui qui écoute et entend son sentiment intérieur, son souffle, se créer encore davantage dans leur verbalisation. Le corps du poète, ancré dans le réel ici et maintenant, est un corps chantant, parlant, pensant. Émile Benvéniste :

Le poète est un homme qui fait un effort désespéré pour atteindre et communiquer la réalité des choses. Les poètes sont les plus grands réalistes. La réalité à laquelle leur langue se réfère est donc leur expérience émotive de la réalité. Ils transmettent l’émotion, non l’idée de l’émotion.

Gaston Bachelard reconnait en la poésie cette puissance pour le lecteur-auditeur de rénovation de son être au monde dans des expériences toujours singularisantes. À ce titre, le haïku est un art de la spontanéité puisque le poète demeure silencieux, en communion avec la vie du réel, enraciné dans son corps comme dans le corps du monde (de la nature) jusqu’à que l’image poétique advienne de son parfait équilibre dans le vivant dans une coïncidence de présence. Autrement dit, « L’image poétique est un relief du psychisme, elle libère son essentielle actualité. » (Bachelard). À ce titre, le travail poétique se veut être un puissant antidote contre l’engourdissement des sens, « l’image poétique vient réveiller l’être endormi dans ses automatismes. » (Bachelard). Ce travail est phénoménologique, il permet le jaillissement du phénomène tel qu’il est et c’est ce « tel qu’il est » qui est beau. On est dans la poésie, replacé dans l’être du monde sensible, voyant les choses de l’intérieur, dans un espace d’enveloppement. Le philosophe Merleau-Ponty avance qu’il faut d’abord bien être quelque part pour penser. La poésie est selon lui pensée pré-réflexive, nous mettant en garde de ne pas négliger l’existence. Pour cela, il invite aussi à s’abreuver à l’expérience spatiale, en amont de la discrimination mentale. Il demande aussi au corps de s’équilibrer « sur le sol du monde sensible, ouvré ». L’idée de qui vive est reprise : le poète voit un instantané, un mouvement sous une forme stable, il se sent sentant. La pensée est tirée du côté de l’art où se différencie le corps actuel du corps d’information. Le premier est en contact innocent avec le monde qui l’éveille, dans un entrelacs de mouvements. Il mélange l’expérience personnelle à l’existence impersonnelle. Corps encore dans le processus de création : « Les difficultés du poète témoignent de ce que les besoins de l’âme ne sont pas du monde, et qu’il faut pourtant les exprimer dans la langue du monde. Baudelaire nomme ce travail un accouchement. »

Bachelard va plus loin en identifiant non seulement le corps présent dans le travail poétique de l’auteur et du lecteur mais dans le corps même du texte (travail qui sera repris par Lacan).

Dans sa nouveauté, dans son activité, l’image poétique a un être propre, un dynamisme propre. Elle relève d’une ontologie directe. C’est donc bien souvent, à l’inverse de la causalité, dans le retentissement que nous croyons trouver les vraies mesures de l’être d’une image poétique. Dans ce retentissement, l’image poétique a une sonorité d’être. Les causes alléguées par le psychologue et le psychanalyste ne peuvent jamais bien expliquer le caractère vraiment inattendu de l’image nouvelle.

Puis, « le retentissement opère un virement d’être. Il semble que l’être du poète soit notre être. Le poème nous prend tout entier. » Et, « l’image poétique augmente les valeurs de la réalité. »

Ainsi, le travail poétique est d’abord une attitude du corps, une certaine manière d’être au monde. Merleau-Ponty analyse dans Signes la relation du corps au monde et nous offre une transition entre le poétique et le symbolique. Selon lui, le corps, en même temps qu’il agit dans le monde est aussi agi par lui. Faire un geste, c’est à la fois recevoir le monde et lui donner une nouvelle expression. « L’homme est chair du monde » (1976), un corps sujet, sensible, intelligent, d’interdépendances. Et parler, c’est faire un geste, c’est un acte d’un corps vivant emplit de sens, faisant sens dans le monde aussi par le ton, le style, le timbre, la prosodie, les silences, le débit. Le sens devient une existence dans la parole qui n’est plus une simple représentation de, mais un être avec. Pour entendre ce sens, ce logos, Merleau-Ponty dit qu’il faut s’abandonner à l’écoute de la parole.

La parole est un comportement et c’est parce que le langage est d’abord un être gestuel que je peux apprendre à parler pour la première fois : en vivant la situation par le sens immanent qu’elle laisse exister. Ainsi, la première parole peut commencer pour l’enfant : il apprend à parler, non parce qu’il reconnaît un concept, mais parce qu’il discerne, par le geste, que la signification est à l’œuvre dans le corps. L’enfant apprend le langage par son existence charnelle.  (1976)