Note d’intention

 

Poésie, langue du souffle. Le corps entier (du monde et de soi) respirant écrit. En cette présence la plus pure possible, parfois, émane une réponse parlante de l’écoute. Dans la fluidité de la terre, l’homme reprend appui : voici l’écriture de ce redressement. Au-delà du conscient et de l’inconscient, au-delà de l’intention et de la non-intention, la voie poétique est affirmation de mon amour sans condition dans le vivant, soudaine et renouvellée. L’art du haïku et cet art de vivre ne sont donc jamais séparés, comme ne le sont lumière et chaleur de la flamme. La forme haïkiste est celle de cet intuition de l’instant au cœur de ma vie. Les mots de l’image poétique brute vont rencontrer la forme de trois vers de 5-7 et 5 syllabes. Le souffle du poète est alors médiateur entre le matériel du jaillissement libre et la contrainte rythmique, entre le singulier et l’universel, entre la réminiscence de l’éclat nu de l’expérience et son habit de noce. Certains de ces haïkus ont accouché presque seuls, la plupart après un long travail patient et soigneux. Dans les deux cas, le poème ébauche son style, s’émancipe de son auteur, s’affirme sujet enfantin libre d’insuffler, en sa joie, mouvements et relations. Intuition que l’art poétique est la plus grande sagesse car le poème ne quitte le vivant, n’en fait jamais un objet : il n’en parle pas, il est sa parole ; il ne sermonne pas la nouvelle vie, il est la vie nouvelle.

Emmanuel

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« L’effacement soit ma façon de resplendir »

Turner – Soleil couchant sur le lac

« L’effacement soit ma façon de resplendir. »
Philippe Jaccottet- L’ignorant

 

 

Mon nom ? malaxé,
Pétri de boucles d’allures :
« Esprit de non-deux ».

 

 

Je crée une aube ;
En insuffler dans le texte
D’encre rêveuse.

 

 

Profonde tempête,
Je plonge droit et me risque
Dans les forces nues.

 

 

Célébration phare
Des rythmes de désirs libres,
Des chocs de rencontres.

 

 

Peuplé d’artisanes,
Oh manière amoureuse
Relance mon style.

 

 

Soupçon de bruine
S’échappe du port de fluides
Au bout de ce vers.

 

 

Main, creuse le ciel !
Ses étages et stations
Tapis et églises…

 

 

 

Vent-pluie-lumière
Dessine une partition
Pour ce tromboniste.

 

Emmanuel

 

des milles images de l’amour

 

Mais, fuit le temps, le temps qu’on ne peut recréer, tandis que nous tournons autour des milles images de l’amour. 

Virgile, Géorgiques

 

1-

 

Hibou soutenu
Par cette lame souple
Qui tranche le temps.

 

 

 

Maintenant résonne
Entre deux gongs décalés
De deux églises.

 

 

Ici, au cœur de
L’irréversibilité
Je dois revenir.

 

 

Même la neige
Éternelle ne pourra
Tenir un instant.

 

 

Tout seul en monde
Immédiate Êtrenelle
Rougit le soleil.

 

 

S’aligner soudain
Aux colonnes de coquilles
Préhistoriques.

 

 

 

2-

 
Mot de ce souffle
Rayonné du tout chantant
Arrive à tes lèvres.

 

 

 

La boucle ondule
Entre deux corps, frémissants
Dans l’aura du vide.

 

 

 

Profondeur du ciel
Eut un instant notre goût
Épicé d’étoiles.

 

   

La roche lissée
Et la cascade d’éclats
Sans fin se caressent.

  

 

Immédiateté,
Effleurant rouge tatouage
Du corps intérieur. 

 

 

Ici, pleinement,
Relance son pur style ;
Nuance d’un baiser.

 

 

 

 
S’adosser en soi
Ile allante telle la mousse
Touchée se répand.

 

 

 

Dormant en contact
Nous ne nous connaissons, mais
Nos peaux s’attendrissent.

 

 

 

Bras sur l’accoudoir,
La Grèce vient de m’effleurer ;
Touché sismique.

 

 

Remonte la joie,
En vertébrale volute,
Du fond de l’amour.

 

 

 

 

Amour : sublimer
L’inséparabilité
De la vie et mort.

 

    

 

Ce matin plier
Ranger tes vieux vêtements
Lavande soigneuse.

 

 

Emmanuel 

et eût-on dit, naturelle mélodie

Nicolas De Staël, Le concert

Parfois (…), j’entendais les cloches (…), lorsque le vent était favorable, comme une faible, douce, et eût-on dit naturelle mélodie, digne d’importation dans la solitude. À distance suffisante par-dessus les bois ce bruit acquiert un certain bourdonnement vibratoire, comme si les aiguilles de pins à l’horizon étaient les cordes d’une harpe que ce vent effleurât (…), une vibration de la lyre universelle. Il m’arrivait en ce cas une mélodie que l’air avait filtré et qui avait conversé avec chaque feuille, chaque aiguille du bois (…).
Henry David Thoreau, Walden, ou la vie dans les bois.

 

 

 

Porté par le cours
De l’écoute débordante,
Je jette une oreille.

 

 

 

Survie au large,
La force d’un courant perce
Les cris charognards.

 

 

 

Aube verte en moi.
Bien avant ma conception
J’étais cet orgue !

 

 

Douce vibration
De l’orchestre d’une fleur
De solitude.

 

 

à Lê Quan Ninh

Dans le silence
Écoute un son disparaître
Et relaye-le.

 

 

Fort de résonnances,
Je renouvelle mes sources
Dans les harmoniques.

 

 

La nuit dernière
Tremble encore une basse
D’avion et trombone.

 

 

 

Flamme ma demeure,
Dans l’ombre de clair de lune,
Obscure. « Pétillage ».

 

 

Ample arpège roule,
Sereinement tourmenté,
Flotte violet.

 

Emmanuel

 

Si les mots sont le souffle et le souffle la vie…

« (…) si les mots sont le souffle
Et le souffle la vie, jamais ma vie
Ne soufflera un mot de ce que tu m’as dit. »
Shakespeare, Hamlet

 

 

Inspir et expir
Pures, ne se précèdent
Ni se succèdent

 

 

 

Au loin mon souffle
Jouait aux billes de feu
Avec la rivière.

 

 
Les yeux se relâchent,
Le regard prend son envol
Vers la Béance.

 

 

 

Mon art de vivre ?
Respirer avec la pierre
Universelle.

 

 

 

Visage reflet
De l’air intime cinglé
Par flamme-pétale.

 

 

 

De loin si soudain
La lente inspiration
Se charge de moi.

 

 

 

En ce corps tranquille
Le seuil de l’air renouvelle
Son éternité.

 

Emmanuel

 

« Le battement d’une absence de bruit »

Pierre Soulages

Pas d’aile, pas d’oiseau, pas de vent, mais la nuit,
Rien que le battement d’une absence de bruit.
Guillevic

 

À mes enfants,

 

Grand-duc le veilleur
De notre château chanté
Enrobe la nuit.

 

 

Maintenant épaissi
Par la douceur de nuit
En blanche allure.

 

 

 

Ta voix s’envola
Dans la pénombre flottante
Du bois de sapins.

 

 

La tempête vibre
Les rêves de la maison
Comme une guimbarde.

 

 

 

 

Envol des oiseaux
Dans l’ombre de tes rêves.
Rythme de ta peau.

 

 

Emmanuel 

 

Le fleuve d’Héraclite

« Nous entrons et n’entrons pas dans le même fleuve ; nous sommes et ne sommes pas-«  Héraclite, fragment 49 a

 

 

La mouette emporte
En une goutte le fleuve
Vers le nid solaire

 

 

Un poisson bondit
Voici là mon seul repère
Pour la vie entière

 

 

 

Phrasé enfantin
Modulé dans le courant
Plouf dans son LA !

  

 

Inspir et expir
Pures, ne se précèdent
Ni se succèdent

 

 

 

 

Le fleuve effleure
Au bout de la longue branche
Le rythme cosmique

 

 

 

Vie et mort au cœur
De chaque instant ; en l’instant
Le corps, insulaire

 

 

 

Au bout de la vague
La crique est toute nouvelle
Sous sa robe bleue

 

Emmanuel